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Un "jersey" de sarreguemines

 

En ce mois qui est en France celui des congés, nous avons eu un coup de cœur pour une production qui, au 19e siècle, évoquait les voyages.
En effet ces productions que l’on a coutume d’appeler "jersey" en France doivent leur nom aux marins et aux voyageurs qui de passage dans les iles anglo-normandes les ramenaient chez nous. Les britanniques pays d’origine de ces faïences lustrées les appellent eux "lustre pottery". Leur couverte brillante est souvent dorée ou cuivrée, mais aussi argent ou rose. La subdivision qui nous intéresse est dorée, plus ou moins "cuivrée" et comprend des zones de réserve qui portent des motifs en relief. La plus part du temps des motifs floraux aux couleurs franches.

Ce lustre était obtenu essentiellement par une couverte à base d'or dissout dans un mélange d'acide muriatique et d'acide chlorhydrique. A cette préparation, on ajoutait des diluants puis on l'appliquait sur les pièces préalablement émaillées et cuites. Ces faïences étaient repassées au four où la transformation de l'oxyde d'or se réalisait sous l'effet de réducteurs inclus dans la solution ou grâce à du charbon pulvérulent introduit dans le four lorsqu’une température suffisante était atteinte.
II ne s'agit donc pas là de dorure mais d'un procédé particulier inventé à la fin du 18e siècle en Angleterre ; 1805 est généralement la date retenue par les spécialistes. Après cette deuxième cuisson il restait sur les pièces une très mince couche de métal pur donnant aux " Jersey " ce lustre très caractéristique.

Sur une pâte rouge, support le plus approprié pour les lustres dorés, la nuance plus ou moins cuivrée dépend de l'épaisseur de la couverte. Plus celle-ci est épaisse, plus on tend vers un reflet parfaitement doré.

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Cruche production anglaise du 19e.



La grande période des " jersey anglais " fut le 19e siècle. A Sarreguemines on a produit aussi, tôt dans ce siècle des faïences lustrées, or, argent ou burgos, actuellement très recherchées par les collectionneurs.

Ce n’est qu’à la fin du 19e et au début du 20e siècle
que Sarreguemines fabriqua des faïences lustrées présentant des réserves ornées de motifs en relief très colorés, imitations des " jersey " britanniques.

La pièce que nous présentons peut être datée 1920/1925. C’est un pot à bouillon couvert dont la forme peut être facilement différenciée de celle des pots identiques plus anciens. Les anses ne sont plus en forme de palmes recourbées, la prise du couvercle qui est maintenant plate et non plus en " olive "et des reliefs de perles bordent les bandes colorées. On notera qu’à l’instar des pièces anglaises populaires les décors en reliefs ne sont pas très aboutis dans leurs formes et leurs colorations ce qui semble destiner ces productions à la grande consommation.

Ces décors étaient obtenus lors de la première cuisson. Ils étaient ensuite recouverts d’une " colle " tout comme les autres parties du produit qui ne devaient pas recevoir de lustre. Les pièces ainsi enduites étaient trempées dans " l’engobe doreur " puis séchées. Après séchage et avant de passer au four pour " fixage ", un lavage à l’éponge douce permettait d’enlever la colle et ainsi de découvrir les parties qui ne devaient pas recevoir de lustre.

Marques relevées sur les productions de Sarreguemines :
C 11, C 12, C 13,
I 16,I 23, I 28

H.G.