La faïencerie de Sarreguemines
dans la Première guerre mondiale

Nous avons eu plusieurs demandes de renseignements concernant une assiette du service Obernai qui présentait une marque dont les mots Obernai et Sarreguemines étaient masqués par des surcharges noires. Ceci nous a conduit à mettre en lumière une période peu connue de la faïencerie.
 
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Marque où les mots français ont été noircis.

 Après la défaite de 1870, l'Alsace et la Moselle (et non pas comme on a souvent coutume de le dire l'Alsace-Lorraine) sont annexées à l'Allemagne le 10 mai 1871 (Traité de Francfort). Les trois départements forment le Reichsland Elsaß-Lothringen avec quelques modifications pour la Moselle et la Meurthe. En effet, l’Allemagne exigea de récupérer toutes les zones de langue francique. Les arrondissements de Château-Salins pourtant en grande majorité francophone et de Sarrebourg sont ajoutés à la Moselle tandis que l'arrondissement de Briey passe du côté français, dans un nouveau département qui prendra le nom de Meurthe-et-Moselle.

A l'origine sous l'autorité directe de l'Empereur, l’autonomie du Reichsland Elsaß-Lothringen sera progressive. En 1874 le Landesauschluß est créé, le 4 juillet 1879, l’Empereur délègue l’administration du territoire à un gouverneur qui siégera à Strasbourg. Le 27 mai 1911, une nouvelle constitution votée, par le Reichstag, donne un Parlement et une autonomie élargie à l’ Elsaß-Lothringen.
Le Premier conflit mondial sonne la fin de l'administration civile du territoire. Elle est remplacée par une administration militaire qui impose des règles strictes de temps de guerre dont l'interdiction du français.

La direction de la manufacture sarregueminoise, dont la francophilie connue lui causera des problèmes au début du 20e siècle, continue cependant à utiliser le français pour ses "écritures". Cette situation perdurera jusqu'au 24 avril 1915.

Pour déterminer cette date, nous nous sommes appuyés sur des registres détenus par les musées de Sarreguemines. Entre autres ceux tenus quotidiennement depuis 1899, par un Ingénieur, Monsieur Chérix et qui  étaient visés par le directeur de l'usine.
Sans explication, le 24 avril 1915, la rédaction des documents passe du français à l'allemand. Les visas et réflexions du directeur également.
Particulièrement émouvante par ailleurs est l'explication de la reprise du français, le 10 (ou le 11?) novembre 1918 :                                  
                                                            10 novembre 1918 (le 10 est rayé et remplacé par un 11)
L'armistice est signé entre l'Entente et l'Allemagne, celle-ci vient de déposer nos princes et d'instituer un régime républicain. Dans les conditions imposées et acceptées entre autres, l'Alsace-Lorraine revient à la France ; de sorte comme il est stipulé, dans 15 jours nous serons définitivement français ; c'est pourquoi nous repassons en français la rédaction du journal abandonnée depuis le 24 avril 1915.

Ainsi donc, on rencontre des pièces dont les noms de décors ont été cachés. Ils s'agit essentiellement de noms de lieux alsaciens ou mosellans qui ont leurs équivalents Allemand . Ainsi sur les assiettes qui reprèsentent des vues de lieux ou de villes alsaciens, si le nom de lieu a été imprimé en Français il sera noirci. On trouvera plus tard les mêmes assiettes ou plats avec des légendes en français et portant alors le plus souvent la marque I 36.

Note : Dans le département de la Moselle, Il faudra cependant attendre le 2 septembre 1915 pour voir une toponymie allemande remplacer la française.

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Page 81 d'un registre - Période du 25 juin 1914 au 13 mars 1916 - On y remarque que les 3 premières lignes sont en Français puis la suite en Allemand.


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Extrait de la page 167 du registre de la période du 27 août 1917 au 28 décembre 1918 - On y remarque les 4 premières lignes en Allemend puis en français le texte que nous avons donné plus haut


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Assiette identique à celle qui nous a valu de nombreux courriers - Elle porte la marque mise en début d'article


Henri Gauvin